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Le Figaro : À Notre-Dame-des-Landes, zadistes et riverains reprennent du service contre Total

Les riverains, soutenus par d'anciens opposants et zadistes, se battent contre l'installation d'une station TotalEnergies sur 6 hectares de prairies.

Nantes (Loire-Atlantique)


Ne l'appelez plus «zone à défendre», mais «zone d'autonomie définitive». Depuis son évacuation partielle, menée par 2500 gendarmes il y a quatre ans presque jour pour jour, la ZAD de Notre-Dame-des-Landes se distinguait par son calme. Seulement troublé, ces dernières années, par l'opposition à l'installation - finalement avortée - d'Amazon dans la région et par une opération policière il y a trois ans.


Changement d'ambiance le 26 avril dernier, où une centaine de personnes manifestent à Vigneux-de-Bretagne (Loire-Atlantique), en lisière de l'ex- emprise du projet d'aéroport, abandonné par le gouvernement d'Edouard Philippe le 17 janvier 2018. Sur leurs pancartes, on peut lire: «Total, dégage, touche plus à mon bocage». Un peu plus loin, un tag sur un panneau de

travaux prévient: «Parcelle totalement zadée».


«Artificlallsation des terres en zone humide»


Ces riverains, soutenus par d’anciens opposants et zadistes, ne veulent pas de l’aménagement d’une station TotalEnergies sur 6 hectares de terres agricoles et de prairies. «Il y a vingt ans, on a été alertés par la municipalité sur cet énorme projet lié à l’aéroport. Sans nouvelles ensuite. Jusqu’en 2020, où l’on découvre, en allant courir, un permis de construire. Il n’y a eu aucun

dialogue, ils nous prennent de haut», regrette Pascale Trédaniel, du collectif À Vigneux-de-Bretagne TotalMent, regroupant une vingtaine de riverains.


"Il y a déjà trois stations essence à 5 kilomètres à la ronde, dont une Total et une Leclerc en bordure de nationale, qui pourraient être agrandies" Isabelle Bagaglia, secrétaire de l’association NDDL Poursuivre ensemble


«Ce qui nous alerte, c’est cette artificialisation des terres en zone humide, où on trouve deux ruisseaux et des espèces protégées, argumente Isabelle Bagaglia, secrétaire de l’association NDDL Poursuivre ensemble (près de 800 adhérents). Surtout qu’il y a déjà trois stations essence à 5 kilomètres à la ronde, dont une Total et une Leclerc en bordure de nationale, qui

pourraient être agrandies.»

Ce sont les services de l’État - vers qui renvoie la mairie - qui sont à l’origine de cet aménagement, dans le cadre du passage en 2x3 voies de la RN165, qui relie Nantes à Saint-Nazaire ou Vannes. Ils ont attribué en 2018 la concession de la réserve foncière pour vingt ans à TotalEnergies. La direction de l’énergéticien dit au Figaro avoir «proposé un nouveau dossier

prenant en compte le respect des zones environnementales et des zones humides identifiées. Ce nouveau dossier a été accepté par la préfecture en 2019.» Quant à l’agrandissement de la station existante, à 1 kilomètre, il serait «impossible pour des raisons techniques».


«Multinationale écocidaire»


Pas suffisant pour calmer l’opposition qui monte d’un ton ces derniers jours. Dans un texte publié, puis retiré, du site internet de la ZAD, on prévient: «Il n’est pas question que nous laissions cette multinationale infâmement écocidaire (sic) détruire une parcelle de plus. (…) Si des travaux venaient à commencer à l’automne ou plus tard, inutile de dire que nous nous ferions un

devoir de les bloquer purement et simplement.» Leur démarrage est suspendu au recours d’un particulier, qui doit être examiné par le tribunal administratif de Nantes cet été.

Sur place, entre les sites de Bellevue, de La Rolandière et des Fosses Noires, hauts lieux de la résistance zadiste au temps du projet d’aéroport, habitent aujourd’hui environ 200 ex-zadistes. Cette vie de hameaux en développement est coordonnée par une Assemblée des usages, qui se

réunit une fois par mois et fonctionne horizontalement «par consensus». «Les gens qui ne voulaient pas s’installer sont partis. Même La Grée (site qui rassemble les plus radicaux, NDLR) y est représentée, bien qu’ils n’aient pas de projet et soient menacés d’expulsion», souligne un habitué des lieux.


"Il y a une collaboration très positive entre les zadistes et le département, qui les écoute attentivement" Isabelle Bagaglia, de l’association NDDL Poursuivre ensemble


36 baux ruraux de neuf ans ont été signés par le département de Loire- Atlantique, désormais propriétaire de 895 hectares de l’ex-projet d’aéroport. Un accompagnement à 2,6 millions d’euros, cofinancé à moitié par l’État, pour des projets agricoles comme Le Mouton à 5 pattes (élevage de brebis) ou La Bulle Noire (brasserie paysanne). «Il y a une collaboration très positive

entre les zadistes et le département, qui les écoute attentivement», se félicite même Isabelle Bagaglia, de l’association NDDL Poursuivre ensemble.

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